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  • Marie Arnoult

5 podcasts qui méritent d'être écoutés et partagés


Avant toute chose, cette sélection de podcast est plus qu'une liste d'émissions passionnantes et d'utilité publique. Il s'agit de 5 émissions qui m'ont marquées, parce qu'elles touchent à des sujets qui nous concernent tous et toutes, en tout cas, de mon point de vue. D'où la longueur de l'article. En espérant que ces quelques informations vous apporteront quelque chose. Bonne lecture !




1- Les Pieds sur Terre - France Culture


Incontournable des émissions de radio, Les Pieds sur Terre est probablement le podcast que j'écoute le plus. Chaque épisode dure en moyenne 30 minutes, et aborde un sujet toujours en lien avec l'actualité, sous l'angle du témoignage et du récit d'expérience.


Le point de départ : un fait divers qui a marqué les esprits (ou pas), une actualité, un film, un évènement. Suivi d'une anecdote racontée par un.e inconnu.e, qui relate sa version des faits, un morceau de son expérience. Toujours avec le talent de la journaliste Sonia Kronlund


Coup de cœur pour cet épisode : Maltraitance policière, en finir avec le silence


Les pieds sur terre, France Culture

2- Injustices, "Ou peut être une nuit" - Louie Media


Injustices est une production du studio de podcast Louie Media, que j'apprécie pour la qualité des sujets et des réalisations. Aux commandes de l'émission Injustices, on retrouve Charlotte Pudlowski, qui fournit une fois encore un travail d'une qualité incroyable. J'ai découvert la saison 1 de l'émission cet été, j'ai dévoré les épisodes les uns après les autres. Dans la saison 1, le sujet était consacré au sexisme et au harcèlement dans le milieu du journalisme, et de toutes les questions que cela soulève : pourquoi en tant que journaliste, alors même que notre métier suppose de dénoncer et dire la vérité, il est encore plus "difficile" de se faire entendre quand l'injustice nous frappe personnellement ? Pourquoi en tant que journaliste, il n'est pas admis ni même possible de se défendre face au harcèlement moral et/ou sexuel ? Pourquoi la ligue du LOL a-t-elle fait autant de victimes par des personnes haut placées dans le monde des médias et des agences publicitaires ? Pourquoi ?


Et la saison 2, âmes sensibles, je préviens : c'est douloureux mais d'une importance fondamentale. Il faudrait faire écouter cette émission en haut parleur dans toutes les villes de France, dans les écoles, dans les universités, dans les lieux publics.


Ou peut être une nuit : six épisodes d'environ 50 minutes, analysant, l'un après l'autre le sujet Ô combien délicat de l'inceste. Sociologues, psychothérapeutes, journalistes et victimes se succèdent au micro pour y parler de ces crimes qui font plus de victimes qu'on ne l'imagine. En quelques mots :

  • J'ai appris que dans une classe de 30 enfants, ce sont au moins 3 d'entre eux qui subissent de l'inceste. Si vous êtes parents, retenez cela. 3 camarades de vos enfants SUBISSENT LE VIOL PAR UN PARENT.

  • 99% des incesteurs sont des hommes (coucou le lien avec le patriarcat ?!)

  • L'inceste est tabou, et révèle cette chose affreuse : l'homme incesteur utilise la violence sexuelle comme une arme de pouvoir, comme l'affirmation de sa domination. Il ne s'agit pas tant de la pulsion maladive de la pédophilie, mais bien d'un acte répugnant où l'homme se sert de sa supériorité et détruit la vie d'une âme encore insouciante, qui devra passer son existence sans la douleur d'avoir été abusé.

J'ai la "chance" de ne pas avoir été victime de ce genre de violence. Mais indirectement, je me suis, très jeune, sentie dans cette sorte de position inconfortable et effrayante de victime potentielle. Une de mes amies d'école fut violée par son père, ainsi que sa sœur. J'avais 8 ans, et je me rappelle, nous étions dans un parc quand elle me l'a dit. Quelques semaines plus tôt, j'étais chez eux, à jouer tranquillement aux poupées ou autre, le père pas loin. Il avait l'air gentil. Aimant. Et pourtant. Pendant les années qui ont suivi, je me rappelle avoir eu cette méfiance envers les pères de mes amies, et même envers mon propre père, cherchant à déceler les moindres gestes ou mots qui pourraient laisser penser que. Aujourd'hui encore, et si tu es une femme je sais que tu sais, ce que ça fait de marcher dans le noir le soir, et d'entendre quelqu'un derrière. Je sais que tu sais.


Ou peut-être une nuit - Injustices saison 2, par Louie Media

Le paradoxe des journalistes - Injustices saison 1, par Louie Media

3- La Série Documentaire LSD : "Au delà du clitoris"


Il va sans dire que le plaisir féminin est encore bien trop tabou. Je suis intimement convaincue que le silence autour de la sexualité de la femme est en lien direct avec notre société patriarcale. Sans surprise, encore un grand nombre de femmes ne savent pas situer leur vagin ou leur clitoris, et l'orgasme est loin (très loin) d'être connu de toutes.

Cette triste réalité est le fruit d'une méconnaissance immense de l'anatomie de la femme, mais aussi le résultat de centaines d'années durant lesquelles le plaisir féminin fut relégué au rang de la honte et du tabou.

Pour insuffler le changement, il faudra du temps, et des voix pour oser dire ce qui est. Maïa Mazaurette est l'une femmes les plus bavardes sur le sujet. Chroniqueuse, blogueuse, peintre, écrivaine, elle publie des articles passionnants sur le thème du sexe pour le Monde, et a récemment publié l'essai Sortir du trou, lever la tête (éditions Anne Carrère).

Je dois admettre qu'elle m'inspire beaucoup, et c'est entre autres "grâce" à elle que j'ai décidé d'aborder le sujet de la sexualité et du plaisir féminin de manière libre et assumée, notamment dans mes articles sur aufeminin et doctissimo (coucou les tests de vibromasseurs)


Bref, La série documentaire, c'est émission qui propose, comme son titre l'indique, des séries sur un sujet en particulier. Au delà du clitoris regroupe 4 épisodes à déguster tranquillement pour tout savoir sur cet organe magique. De l'histoire, de la science, et la participation (entre autres) de Maïa Mazaurette. Bref, passionnant.


Au delà du clitoris

LST, France Culture

4- Les Chemins de la Philosophie - France Culture


Toujours et encore France Culture, que voulez-vous, c'est un peu LE pro des émissions de qualité. Avis aux philosophes dans l'âme, c'est l'émission qui fait cogiter, que je ne comprends pas toujours très bien et qui demande vraiment de la concentration pour en retenir les éléments importants. Si comme moi, tu es un.e auditeur.trice qui n'a pas toujours le temps, cette émission en fond sonore en faisant le ménage ou en cuisinant est PARFAITE.


Des sujets ficelés en série de 4 épisodes, souvent assez longs, à écouter en entier… ou pas !

J'avoue ne pas en avoir écouté beaucoup, car ma passion pour la philosophie a ses limites, et je ne prends pas plaisir à écouter des débats interminables sur les tenants et aboutissants des questions de la morale et de la liberté. J'écoute parfois seulement une partie, et ça reste toujours très intéressant, à petite dose.


Mes coups de cœur récents :

  • Pascal, Peut-on demeurer en repos dans une chambre ? : un épisode paru à point nommé en plein confinement, ou comment nous, individus, sommes malades au point de ne plus savoir se retrouver face à nous-mêmes.

  • Molière, Et la maladie imaginaire : à mourir de rire et particulièrement prenant, réécouter les célèbres répliques de la pièce, parallèles avec la pandémie du Covid et l'actualité sanitaire.

Les autres épisodes de l'émission Les Chemins de la Philosophie

5- Mansplaining - Les hommes méritent-ils qu'on les déteste?


Si vous ne connaissez pas cette émission, alors foncez. Mansplaining est le podcast de Thomas Messias, "trentenaire, blanc, hétéro, cisgenre, marié et père", profondément intéressé par les questions de la masculinité et du féminisme. Chaque épisode est toujours passionnant, et analyse sous différents angles la place occupée par les hommes et les femmes. Un sujet on ne peut plus d'actualité depuis l'affaire "Metoo", qui demande d'avoir les outils et les connaissances pour en parler de manière correcte et pertinente.

Je ne rate aucun des épisodes (même avec du retard), et celui-ci est sûrement celui qui m'a le plus marquée. Durant ces 15 minutes, Thomas reçoit l'autrice d'un essai féministe tout juste paru à l'été 2020, "Moi les hommes, moi, je les déteste".


[Pour l'anecdote, j'ai rencontré Pauline lorsque nous étions toutes les deux bénévoles pour l'association Générations Cobayes, en 2014 ! Le temps passe vite. Déjà à l'époque, les talents de Pauline pour la réflexion, l'écriture et l'engagement militant ne faisaient aucun doute. C'est sans surprise que son livre fut un succès dès sa sortie, je ne l'ai pas encore eu entre les mains, mais ça ne saurait tarder.]


Cet épisode présente la misandrie non pas comme l'inverse de la misogynie, mais bien comme une réaction de défense "logique" des femmes face à l'assujetissement dont nous sommes victimes par essence.

La société est menée et dirigée par le groupe des hommes. Partant de ce postulat, le statut de femme nous rend de facto potentiellement victimes du groupe dominant. La misandrie est alors la seule défense que nous, groupe opprimé, avons pour riposter face à l'injustice dont nous sommes victimes dans toutes les strates de notre vie.

Qu'il s'agisse de l'accès à l'emploi, de notre place en politique, de la sexualisation permanente de nos corps, de la présence des femmes dans les médias, de la valeur de notre parole, des droits dont nous bénéficions, de la charge mentale écrasante subie, etc.


J'ai beaucoup apprécié entendre Pauline parler de sa "haine des hommes" non pas comme une colère individuelle envers chaque personne de sexe masculin, non pas comme rage personnelle envers chaque homme : il s'agit en réalité pour les hommes de réaliser et prendre conscience que la misandrie est adressée à l'homme en tant que "groupe" dominant et oppresseur. Et il est du devoir de chaque homme d'intégrer cette notion : vous êtes le groupe dominant, et nous, femmes, avons besoin de tous les individus pour que la planète tourne rond. Pour que aucune femme ne soit plus traitée comme inférieure. Pour que aucun homme ne puisse plus nuire aux femmes sans être sanctionné à juste titre.


Pauline Harmange, Moi, les hommes, je les déteste, Monstrograph, 2020

Ecouter : Les hommes méritent-ils qu'on les déteste ? Mansplaning, épisode 44


J'espère que cette sélection vous aura plus, n'hésitez-pas à me dire ce que vous en avez pensé, vous savez où me trouver...