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  • Marie Arnoult

Crudivorisme : déviance sectaire et absurdité nutritionnelle, méfiance !

Mis à jour : 5 sept. 2020

Suite à de nombreuses demandes, voici un condensé de l’épisode du podcast relatif au crudivorisme, à retrouver sur n’importe quelle application de podcast, comme Spotify par ici, ou iTunes Podcast.



J’avais mis du temps à préparer cet épisode, et surtout, attendu avant d’oser l’enregistrer.


Le crudivorisme connaît un nombre grandissant d’adeptes, plus ou moins investis et plus ou moins con-vaincus. (Sans jeu de mot. Ah. Ah.)


On l’appelle aussi “raw food diet”, et cette mode alimentaire ne cesse de grandir depuis les années 50, avec un décollage majeur à partir des années 90.


Qui n’a pas déjà vu des recettes “crues”, “sans cuissons” et autres snack healthy raw ?


Sous couverts de bénéfices magiques sur la santé, c’est une alimentation qui a ses adeptes et aussi, ses GOUROUS. Le plus connus d’entre eux, en France : Thierry Casanova.


Si cet épisode et ces recherches ont été longues à mener, c’est aussi et surtout parce que je souhaitais dénicher des sources variées, et comprendre comment ce mouvement s’était développé.


Par delà l’effet “mode” de cette tendance, il y a de lourdes conséquences, et pas seulement sur la santé des personnes qui se laissent tenter. Entre autres : dérives sectaires, arnaques, tromperies et business juteux.


Raw Food Diet, notions de base

L’alimentation dite “vivante”, est un régime alimentaire consistant à se nourrir principalement voire, uniquement, d'aliments crus.

On parle aussi de “raw diet” ou “raw food”. L’argument majeur ? Des prétendus avantages pour la santé.

Comme toute tendance alimentaire, il y a les gourous, ses adeptes et ses opposants (coucou, c’est moi !)


Pour rappel : la cuisson de certains aliments a des effets positifs avérés, permet une meilleure assimilation des nutriments (par exemple les protéines animales, les glucides des céréales complexes), mais aussi la destruction des virus, ainsi qu’une meilleure biodisponibilité de certaines vitamines.


En parallèle, il est aussi démontré qu’une cuisson trop longue à température élevée détruit des nutriments, voire parfois entraîne la formation de composés toxiques et cancérigènes.


Les débuts du crudivorisme

Dans les années 1960, un courant similaire a vu le jour, créée par le mathématicien Guy-Claude Burger. "L'instinctothérapie”, consistait à éviter tout ce qui modifie l’odeur, le goût et l’aspect des aliments. Son créateur parlait de “laisser l'instinct alimentaire réguler spontanément l'équilibre nutritionnel” afin de garantir “le fonctionnement correct du métabolisme”.

Dans le concret, cette “instinctothérapie” prône une consommation d’aliments sans le moindre assaisonnement, jamais mélangés et majoritairement crus. Sont exclus les laits animaliers et la plupart des céréales.


En France, cette méthode arrive en 1984 et se retrouve vite accusée de mouvement sectaire. Guy-Claude Burger fut d’ailleurs poursuivi pour exercice illégal de la médecine et escroquerie, et condamné en 1997 à trois mois de prison ferme et une lourde amende.

Il parlait par exemple des notions “d’appel et d’arrêt instinctif” et considère que notre système est inadapté aux céréales et aux protéines de lait animal.

C’est donc différent du crudivorisme, où est acceptée la préparation ou l’assaisonnement. Selon la Fédération française des centres de lutte contre le cancer (FFCLCC) « le régime de Burger expose même à un amaigrissement et à des carences graves »


En 2007, une thèse de médecine Risques d’atteinte à l’intégrité physique encourus par les adeptes de secte avait analysé les risques liés à ce régime, concluant à un risque élevé de dénutrition protéino-énergétique, des risques infectieux, et des carences.


Arguments majeurs des "raw-food adeptes"

Selon eux, les méthodes de cuisson altèrent la qualité nutritionnelle des aliments et provoque des substances nocives. Supprimer ou minimiser l’étape de cuisson permettrait de conserver l’intégrité des nutriments et enzymes, et faciliterait ainsi la digestion des aliments, protégeant l’appareil digestif.

La limite de température de “survie” de ces enzymes étant de 45°, les crudivores tolèrent une cuisson à basse température, donc moins de 42/45°.


Le crudivorisme rime souvent avec végétarisme, voire, végétalisme. L’essor de ces régimes alimentaires sont souvent combinés à la pratique du crudivorisme.


Pour faire très simple, les aliments les plus consommés des crudivores sont : les fruits et légumes, les graines germés, quelques légumineuses, les herbes et les oléagineux. Et that’s all. Ô joie dans dans ton colon.


Les produits d’origine animale ne sont en principe pas interdits, et donc certains crudivores consomment en faible proportion des produits laitiers frais, de la viande, du poisson et des œufs crus. Restent bannis : les pommes de terre, le riz et les céréales, ainsi que le porc, qui demande une cuisson plus forte pour éviter toute bactérie.

Dans la logique de ce régime (si tant est qu’il y en ait une), les aliments biologiques sont privilégiés.


Les premiers effets fréquents et mis en avant : perte de poids, regain d’énergie, guérison de la plupart de maux, et longévité supérieure. Mais aussi, se prémunir des maladies mentales (comme la dépression) et les cancers. Mais oui bien sûûûr.


Selon les crudivores, ce mode de vie permettrait de “décharger le foie des toxines”, ce qui se traduirait par une peau plus nette et claire. Vu la faible part de lipides, le mauvais cholestérol serait soi-disant “considérablement abaissé”. Les adeptes avancent que les capacités cérébrales sont améliorées, mais encore une fois, aucune étude scientifique ne valide ces arguments.

Ce qui casse leurs arguments :
  • Les enzymes prétendument sauvegardées par l’absence de cuisson sont de toute manière quasiment toutes détruites par les sucs gastriques.

  • De nombreux aliments sont plus intéressants cuits que crus, comme les tomates et le lycopène produit lors de leur cuisson.

  • Et puis évidemment, le risque de virus et agents pathogènes est juste énorme. Bonjour les intoxications alimentaires, forcément la perte de poids est vite arrivée si tu passes 90% de ton temps sur le trône.

  • Ce qu’entraîne le crudivorisme : des carences et une dénutrition presque systématique.



Crudivorisme et santé, vrai ou faux ?

Il est vrai que la cuisson représente une perte en nutriments pour la plupart des aliments, et pas seulement de leurs enzymes. Pour autant, rien ne prouve que les aliments se digèrent mieux quand ils sont crus !!


Il y a cuisson et cuisson : une étude médicale menée par le Dr Hélène Vlassara a révélé une meilleure résistance à l’insuline chez les sujets diabétiques grâce à une cuisson modérée et raisonnable. Dès que le cuisson va jusqu’à la réaction de Maillard, alors l’aliment est trop cuit (odeur de grillé notamment). Cette réaction favorise l’inflammation et la baisse des défenses immunitaires.

De par les aliments consommés, il est évident que la perte de poids est quasi systématique. Avoir des apports caloriques suffisants pour répondre à ses besoins est bien plus compliqué en mangeant des crudités que du riz.

La plupart des crudivores atteignent en moyenne 1700 calories. Quand on sait que les besoins sont plus de l’ordre de 2000 à 3000 selon le sexe et l’activité, CQFD. Et comme ce régime est extrêmement riche en fibres, il favorise la sensation de satiété. Mais perte de poids ne signifie pas santé, ni même que c’est bénéfique sur le long terme. Au contraire, vu les nombreuses carences que cela entraîne.


Risques avérés du crudivorisme selon scientifiques et nutritionnistes
  • Malabsorption de certains nutriments